Retour SXSW2 : Blockchain partie 2

Retour SXSW2 : Blockchain partie 2

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Dans cette partie 2 de notre conférence sur la blockchain (Cf partie 1 : http://www.innocherche.com/la-blockchain-pour-resoudre-les-grands-problemes-du-monde/ ) je vais vous parler du changement de paradigme qu’induit ce concept. .

Et pour ça, nous allons nous transporter à New York, plus précisément à Brooklyn dans President Street.

En avril 2017, c’est-à-dire il y a seulement quelques mois, il s’est passé quelque chose d’inédit.

Robert Sanchielly a vendu à Eric Trumin de l’électricité qu’il avait fabriqué avec ses propres panneaux solaires.

On voit tout de suite l’intérêt pour Robert Sanchielly, le revenu de la vente d’électricité lui permet d’amortir ses panneaux solaires plus rapidement et Eric Trumin bénéficie d’énergie verte sans avoir à investir dans des panneaux solaires.

De quoi s’agit-il plus précisément ?

Les maisons de President Street sont connectées à ce qu’on appelle un microgrid qui est lui même connecté au main grid. C’est ce qu’ils appellent dans ce cas le transactive grid puisque les gens qui possèdent des panneaux solaires vont vendre dans des transactions de l’énergie à ceux qui n’en ont pas.

Bien entendu qui dit transaction dit contrat.

Dans le cadre de la blockchain les contrats s’appellent des smart contrats.

Un smart contrat c’est un programme informatique qui fait deux choses :

  1. Il encapsule les clauses contractuelles et les enregistre dans la blockchain de manière infalsifiable, inviolable, immuable et auditable.
  2. Lorsque les conditions contractuelles sont réunies, il exécute des clauses de manière automatique : ici l’échange d’énergie et d’argent.

Alors qui sont les acteurs de cette aventure ?

  • les propriétaires de maisons President Street ;
  • la société LO3 energie pour tous les aspects microgrid, raccordement et smart meter ;
  • la société Consensys pour les aspects blockchain et à eux tous ils ont financé et réalisé un MVP.

 MVP = Minimun Viable Product.

C’est-à-dire que ça fonctionne mais que c’est rustique.

En quoi est-ce rustique : par exemple le business model. Dans l’état actuel, le smart contrat est très simple. Il dit : tout énergie en surplus est vendue au tarif de 7 cents/kwh.

Mais on pourrait imaginer des smarts contrats plus sophistiqués par exemples avec des clauses telles que, en cas d’urgence (par exemples un ouragan comme Sandy), toute énergie doit alimenter gratuitement l’hôpital en priorité.

La moitié du surplus d’énergie doit aller gratuitement à l’école maternelle du bout de la rue et le reste doit être vendu au plus offrant.

Cette expérimentation va permettre aux acteurs d’explorer toutes les possibilités de cette nouveauté en terme commerciaux (quels marchés, quels scénarios de commercialisation), de négocier peut-être des contrats avec des gros acteurs économiques dans le monde de l’énergie et également de voir si la réglementation en vigueur permet d’accommoder ce genre de pratique ou s’il faut légiférer.

Ce qui est emblématique c’est que ceci n’a pas été inventé et mis en oeuvre par un des grands acteurs économiques mais par une dizaine de personnes et de deux startups avec le “client”, l’individu” au centre du dispositif.

Maintenant revenons en France, en 2004 et un cas type de l’approche ancienne ou classique.

En 2004, Philippe Douste Blazy lance le dossier médical personnel.
En 2014, dix ans après, Marisol Touraine arrête le projet du DMP.

Bilan : 10 ans, 500 millions et rien en résultat.

Quant aux anglais, sur le même sujet, ils ont fait plus fort : 5 millions de Livres dépensés pour le même résultat.

Regardons de plus près.
Quel problème essaye-t-on de résoudre en 2004 avec le DMP :

  • Économiser à la sécurité sociale 3,5 milliards d’euros
  • Comment ?  En créant le DMP qui sera géré par praticien. ( Dossier Medical Personnel)

A la question “Est-ce désirable ?”, pour le sens la réponse est évidemment oui.

Est-ce faisable : Oui.

Est-ce viable : là, c’est plus compliqué à cause de contrainte de la CNIL sur la sécurité des données. Il faut savoir que sur le marché, les données de santé se vendent 10 fois plus cher que les coordonnées bancaires. Donc il y a un vrai sujet de protection de données.

Mais le praticien, pour lui c’est moyennement désirable, et il y voit surtout un très gros surcroît de travail sans compensation.

Quant au patient, il n’est pas considéré dans la boucle.

Transportons-nous maintenant dans l’univers de la blockchain. Avec le patient au centre, on lui dit :

“ Tu es responsable de ton dossier médical. Il t’appartient et t’accompagne toute ta vie. Quand tu vas voir un praticien que ce soit en France ou à l’étranger, tu peux partager avec lui tout ou une partie du dossier ”.

Mais cela va plus loin. Puisque ces données t’appartiennent, tu peux les mettre à disposition d’instituts de recherche ou tu peux les monétiser auprès de labos pharmaceutiques qui ont besoin de ces données.

Donc pour le patient, tous les voyants sont au vert. Pour le praticien, il n’y a pas la charge du dossier et il est sûr de disposer de l’historique à jour des analyses, radios, IRM, etc. Ce qui évite beaucoup d’actes médicaux inutiles.

Et pour la sécu, les voyants sont au vert également car la blockchain incorpore la sécurité des données de manière native.

Beaucoup de monde à travers le monde travaille sur ce sujet. Le MIT dans un cadre de blockchain, et la CNAM ont remis le travail sur l’établi, mais nous n’en connaissons  pas encore  le détail.

Ce que je voulais illustrer dans ce propos c’est le changement de paradigme.

Dans le monde de la blockchain, l’individu est au centre et ça change tout.

Michèle Flasaquier, Ambassadrice InnoCherche et responsable des Think Tank Blockchain et Management du futur
SXSW 2017 – Juin 2017

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