Netflix au CES par Emmanuel Fraysse et Bertrand Petit

Netflix au CES par Emmanuel Fraysse et Bertrand Petit

Compte-rendu du Think Tank Nouveaux Business Model lors de la soirée Collège Entreprise InnoCherche du mardi 26 janvier 2016

La Keynote la plus impressionnante en puissance de ce CES2016 était celle de Netflix donnée par son CEO Reed HASTING.

En deux mots, si vous croyiez que la domination des médias américains d’Hollywood a été trop forte au cours des 50 dernières années, vous allez découvrir celle de Netflix qui est le seul concurrent à ce jour de Youtube.

Pour Innocherche, c’est un exercice très intéressant d’analyser comment Netflix vient de réussir son deuxième “pivot”.

  •  Son premier avait consisté à passer de l’envoi de CD-ROM au streaming ;
  •  Le deuxième qu’il vient de réussir depuis 2012 a été de passer de “catalogue” transverse à créateurs de contenus. En 2012, les analystes disaient : Netflix est étranglé par les droits de streaming que leur facturaient ceux qui contrôlaient les box

 et comment cela vient illustrer des principes de la disruption digitale que nous observons de façon transverse.

  • Premier Principe : “quand on est digital/digital/digital à savoir digital produits ou services, digital go to market, et digital after Market, … potentiellement “Winner Takes all”.

Refaisons l’histoire et voyons comment cela a pu se produire. Au début je vous propose un catalogue de films classiques en streaming sur votre box qui ressemble beaucoup à la VOD sauf que vous êtes sur clip Sion à 10 € par mois et non pas en Pay as You Watch.

  • Deuxième principe : Content is King. Puis coup de génie, je me dis que je peux essayer de lancer ma propre série télévisée ce qui me fera moins de rétrocession aux ayants droit. Et là, bingo ! Jack pot ! Je crée un nouveau courant de société avec le vidéo binging ou gavage vidéo en mettant immédiatement disponible pour tout le monde les 5 ou 10 épisodes d’une saison. Les fans se retrouvent dans une impatience collective de dévorer cela sans interruption au cours d’un week-end pour ne regarder que ça !

Ensuite comme je commence à avoir beaucoup d’argent, … et que  je suis dans le starsystem, …  je peux embaucher les meilleurs acteurs et surtout les meilleurs producteurs. Je fais du “Lean Hollywood”
et en quelque sorte je relance tout le marché des producteurs indépendants. Il me suffit avec mon carnet de chèques de dire “toi, acteur je te veux”” toi, réalisateur je te veux”.

Ensuite je déploie tout ceci dans 70 pays et les trois quarts de la planète sont ravis de participer à ce “vidéo binging”  mondiale … surtout que je prends la précaution de faire aussi des contenus avec les réalisateurs et les acteurs locaux.

Je me lance dans le big data puisque quand je suis digital digital digital, tout peut se faire par AB testing. A ce point là,  je suis complètement différencié des vendeurs de VOD puisque je deviens le de-facto Tiers de confiance pour les choix cinématographiques de mes clients.

Enfin c’est moi qui grâce au streaming peut imposer le rythme des innovations technologiques. En effet, mon spectateur est habitué à voir le petit sablier qui tourne pendant quelques secondes avant de déclencher le film.  S’il veut regarder le film en 4K avec un rendu 4 fois meilleur que la HD, cela prendra juste un peu plus de temps… mais le pli est pris.

Au delà du 4K, NetFlix a lancé le premier documentaire filmé en 360° qui vous permet véritablement de vivre l’expérience du héros en regardant derrière ou à coté de lui … alors que dans l’expérience classique je dois suivre le regard du réalisateur.

Donc voilà le cercle vertueux bouclé où je m’impose petit à petit comme une marque mondiale dans le domaine du domicile et potentiellement au-delà. “Winner takes all”. Voyons si Youtube, ou AMAZON va arriver à les concurrencer avec son nouveau streaming payant et sa création de contenu original.

Enfin, 24h aprés cette Keynote,contraste saisissant avec un dinosaure du marché qui ne voit pas la menace : “innovation comes from the Fringe”. Dans son interview, le PDG de Comcast NBC Universal nous raconte que tout va très bien et que Netflix n’est pas un concurrent différent des autres. Il est dans la situation de celui qui en train de tomber en chute libre et qui est au 13e étage et vous dit que “jusqu’à présent tout va très bien” … sans réaliser que la moyenne d’âge de ses téléspectateurs prend chaque année un an. En effet, aucune personne de la génération Y va regarder la télévision Linéaire sauf deux fois par an pour une finale du foot et tous les quatre ans pour les JO … tant que Netflix ne rachète pas les droits pour faire de la super 4K avec du super streaming qui vous permet de regarder ça en direct.

Emmanuel Fraysse et Bertrand Petit, animateurs du Think Tank Nouveaux Business Model Innocherche